Un tapis en soie ne se lave pas soi-même : mouillée, la soie s’affaiblit, et laver à l’eau un tapis noué main est irréversible. Dans un atelier de la région parisienne, on ne lave qu’après avoir testé les teintures ; le nettoyage d’entretien d’un tapis en soie propre s’y facture à partir de 89 € le m², plus selon l’état (tarif relevé en octobre 2026).
Peut-on laver un tapis en soie à la maison ?
Non. L’Institut canadien de conservation (CCI) l’écrit dans sa fiche « Caring for textiles and costumes » (Prendre soin des textiles et des costumes, révisée en 2024) : la soie s’affaiblit à l’état humide. Or un lavage mouille le tapis de part en part.
Le réflexe se comprend : une tache sur une pièce à laquelle on tient, et l’on voudrait agir dans l’heure. Une bassine, un peu de savon doux : le geste paraît anodin. C’est pourtant le moment de ralentir, car l’enjeu dépasse la tache elle-même.
Dans le doute, mieux vaut faire nettoyer un tapis en soie par un atelier que de tenter un essai à l’eau chez soi.

Les trois erreurs qui abîment un tapis en soie
Toutes trois partent d’une bonne intention, et c’est ce qui les rend tentantes.
Le laver ou le détremper soi-même
Pour l’Institute of Conservation (Icon), qui réunit les professionnels britanniques de la conservation-restauration, la règle est nette : le lavage à l’eau d’un tapis noué main, dont le poil est fait de nœuds, est irréversible, et c’est à un conservateur, spécialiste de la préservation des collections, de juger si le tapis s’y prête.

Passer la vapeur ou un shampooing
La même fiche d’Icon range shampooings et nettoyage à la vapeur du côté des tapis mécaniques, c’est-à-dire fabriqués à la machine : ils ne conviennent pas aux tapis noués main. Tous deux apportent de l’humidité, et l’on a vu plus haut, avec le CCI, que la soie mouillée s’affaiblit. Le reproche vaut pour la soie comme pour la laine, dès lors que le tapis est noué main.
Le laisser en plein soleil
Selon Icon, la soie est la fibre la plus vulnérable à la lumière. Le CCI donne un ordre de grandeur : ramener l’éclairage de 5 000 à 50 lux, le lux mesure l’éclairement, prolonge l’aspect des couleurs d’un facteur 100. Ces valeurs viennent des musées. Le sens, lui, vaut aussi dans un salon : moins le tapis prend de lumière, plus ses couleurs tiennent.

Soie ou viscose : comment ne pas les confondre ?
D’abord par l’étiquette et la facture d’achat, qui sont les premiers indices ; en cas de doute, la certitude passe par l’avis d’un atelier ou l’examen de la fibre en laboratoire. Le règlement (UE) n° 1007/2011 sur les noms de fibres textiles, à son annexe I, définit la soie comme la « fibre provenant exclusivement des insectes séricigènes », c’est-à-dire des insectes qui produisent de la soie. La viscose, elle, est une fibre de cellulose régénérée, c’est-à-dire de la cellulose, la matière des végétaux, dissoute puis reformée en fil. Pour ce texte, soie et viscose sont donc deux fibres distinctes.
Ce qu’un atelier fait autrement
Tapis Boeuf, atelier de restauration et de nettoyage de tapis fondé en 1950 en région parisienne, a nettoyé environ 5 000 tapis en soie. L’atelier commence par un test de dégorgement, avant tout bain. Le dégorgement, c’est la migration d’une teinture quand le tapis est mouillé : un coton blanc humide, pressé sur une partie cachée de la lisière (le bord latéral du tapis), révèle si une couleur déteint.
À l’atelier, le bain de lavage de la soie est ensuite réglé à un pH (la mesure de l’acidité) de 5,5 à 6, donc légèrement acide, et à une température de 20 à 22 °C : ce sont ses réglages, pas une norme. Le lavage se fait à la main, avec des savons végétaux créés sur place ; aucun détergent du commerce n’est utilisé. Puis vient le séchage à plat, qui dure 5 à 10 jours.
Au total, le nettoyage de la soie prend en moyenne 3 à 6 semaines selon l’état, et parfois plusieurs mois pour une pièce rare et très délicate. Il se pratique toute l’année.
À quelle fréquence faire nettoyer un tapis en soie ?
D’après l’atelier, un tapis de soie se fait nettoyer tous les 3 ans. Dans une pièce sans passage, l’intervalle peut s’étendre jusqu’à 8 ans au maximum ; dans une zone de fort passage, un entretien chaque année s’impose. Entre deux nettoyages, l’éloigner du plein soleil ménage déjà ses couleurs.






